Recherche et Innovation

En Europe, le rapport de Mario Draghi (septembre 2024) place la recherche et l’innovation au cœur de la reconquête de l’autonomie Européenne. Il fixe comme objectif une augmentation drastique des financements en R&D pour atteindre l’objectif de 5% du PIB.

En Belgique (et en Wallonie), le taux d’investissement est de l’ordre de 3,27% avec une contribution lourdement majoritaire du secteur privé. En Wallonie, la recherche publique se concentre au sein des universités dont elle constitue l’ADN. Elle est au cœur de la vie universitaire et le socle de son enseignement. Elle permet de couvrir les domaines d’une recherche plus fondamentale moins orientée vers une valorisation à court terme, mais essentielle pour les progrès à long terme. Face aux bouleversements du monde, elle constitue un antidote puissant : non seulement par sa capacité d’analyse, de modélisation, d’anticipation et d’innovation, mais aussi par les dimensions créatives, éthiques — et parfois esthétiques — de la quête scientifique.

Or, nous ressentons en Wallonie une pression financière tendant à diminuer la part de la recherche universitaire et publique. Cette pression s’inscrit dans une tendance lourde mondiale qui fait émerger une matrice idéologique qui, parfois sans le dire explicitement, interroge le rôle même de la recherche universitaire. Elle délégitime tout autant sa capacité d’analyse et d’action que sa vocation première : incarner la liberté de pensée et questionner le monde. En consacrant la rentabilité à court terme et la performance quantifiable en critères dominants, cette matrice tend à disqualifier les recherches qui mettent en évidence les effets délétères d’un projet économique et social orienté par une logique de croissance sans régulation — qu’il s’agisse des impacts environnementaux ou des fractures sociales.

Il nous faut donc penser une réponse à la fois en termes de résistance à des menaces inacceptables et en même temps en termes d’adaptation sur l’empan temporel du mandat.

En termes de résistance, nous poursuivrons notre action de défense du financement public de la recherche universitaire, avec deux implications non négociables :

  • Préserver une recherche fondamentale mue par la curiosité, par la création de concepts et par la volonté de comprendre le réel. Cette recherche ne s’oppose pas à l’innovation : elle en constitue l’un des ressorts essentiels, dans un écosystème où les échanges entre exploration et application sont permanents. Par exemple, la recherche à l’hôpital universitaire, où le lien entre recherche fondamentale, translationnelle et applications cliniques est très étroit.
  • Maintenir la diversité disciplinaire de la recherche en refusant le « sacrifice » des disciplines jugées « molles », secondaires ou encore sans valorisation « possible ». Nous nous opposerons le cas échéant à toute tentative de restriction de la liberté de recherche sur des thématiques qui seraient jugées contraires à la pensée « officielle » de façon à laisser la liberté d’initiative de leurs sujets aux chercheurs. Nous continuerons à faire confiance à cet égard au cadrage fourni par nos commissions de sélection de projets et par nos conseils éthiques dont nous chercherons par ailleurs à harmoniser les fonctionnements en vue d’une meilleure transparence.

En termes d’adaptation à court terme :

  • S’agissant des financements de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), nous engagerons, en concertation étroite avec le CRef et le CRef-R, un dialogue visant à faire évoluer certains articles de l’arrêté d’exécution du décret du 30 mai 2024 relatif à la recherche. En l’état, l’article 3 exclut du périmètre de financement une part importante des frais de mission et de publication, ce qui crée une inégalité structurelle particulièrement préjudiciable aux sciences humaines et sociales.
  • Nous veillerons à consolider le financement des cellules Europe, levier stratégique pour notre positionnement européen, ainsi que celui du Printemps des Sciences, initiative majeure pour le rayonnement institutionnel et l’attraction des vocations scientifiques.
  • Nous poursuivrons notre recherche de financements complémentaires en saisissant les opportunités de recherche en lien avec les enjeux majeurs de la planète (durabilité, transitions climatiques, énergétiques et écologiques), et les besoins nouveaux de la société (transitions sociales, IA, cybersécurité, décarbonation, défense). Dans le même mouvement, nous continuerons à promouvoir la transdisciplinarité, non seulement comme un catalyseur de créativité scientifique, mais aussi comme un facteur de cohésion et de solidarité universitaire face aux pressions extérieures qui pourraient surgir.

Pour cela, nous renforcerons notre capacité à aller chercher des projets auprès de la RW et de l’Europe mais aussi directement auprès des industriels via des projets ou des chaires de recherche. La situation géopolitique internationale a déclenché un considérable effort de renforcement de la défense européenne. Ceci appelle évidemment un effort de recherche en conséquence. Nous saisirons les opportunités offertes. Ceci se fera dans le cadre éthique déjà évoqué et dans le double respect impliqué par la liberté d’initiative et de la liberté d’objection de « conscience ».

Ces efforts ne pourront porter leurs fruits que si nos structures internes deviennent plus performantes et sont capables de prendre en charge ces opportunités.

Nous nous inscrivons dans l’esprit des recommandations du rapport Dragui, notamment la simplification administrative, la défragmentation de la recherche, le partage des infrastructures de pointe, la facilitation de la collaboration public-privé…

Nous avons, d’ores et déjà, entamer une réflexion collective dans ce sens. Les assises de la recherche ont mis en évidence des pistes d’action concrètes d’amélioration.

  • Nous favoriserons le regroupement des unités de recherche en instituts thématiques par un soutien institutionnel en matière administrative et de montage de projets comme suggéré par l’analyse RH menée par le Prof. Pichault. On compte actuellement en effet 42 UR facultaires et 10 interfacultaires, leur taille variant de 3 à plus de 800 PI, qui souffrent d’une vulnérabilité organisationnelle, d’une difficulté à répondre aux appels complexes et d’un manque de visibilité scientifique. Le regroupement en instituts favorisera la coopération entre chercheurs ou unités de recherche aujourd’hui en compétition. Ce regroupement n’impliquera pas nécessairement la dissolution des unités de recherche ; le modèle devra être défini.
  • Nous finaliserons l’institutionnalisation des plateformes technologiques confrontées à des difficultés croissantes de financement par les organismes habituels, notamment à la suite de la réorientation des programmes Feder. La participation à cette dynamique se fera sur base volontaire ; Elle implique un changement de mode de gouvernance basé sur une co-gestion partagée entre les managers de plateforme et les chercheurs. Un financement régulier sera dédié aux plateformes institutionnelles. Il proviendra du budget des conseils de recherche, de l’institution mais aussi de la rétrocession envisagée de la TVA sur les gros équipements. Ce mouvement devra intégrer à moyen terme les stations de recherches décentralisées telles que la station océanographique de Stareso, les télescopes du Chili, d’Espagne et du Maroc, la station Belaza, l’observatoire de Jungfraujoch, la station scientifique des Hautes Fagnes, véritables vitrines de notre recherche.
  • Nous reverrons les missions et la composition du CURV (à l’instar de ce qui a été fait pour le CUEF) afin que le CURV puisse jouer enfin son rôle de conseil dans la définition de la stratégie institutionnelle de la recherche et dans la gestion de ses ressources, et non plus seulement un rôle d’évaluation. Cette extension des missions doit s’accompagner d’une meilleure représentativité en son sein avec notamment la participation des Vice-doyens à la recherche pour garantir la cohérence et la complémentarité entre les politiques de recherche et les facultés.
  • Nous organiserons une concertation entre le service de communication et les chercheurs pour expliciter la stratégie communicationnelle de l’institution autour de la recherche face à la multiplication des publications.

Outre les conditions d’efficacité institutionnelle évoquées ci- dessus, il est évident que ces efforts ne porteront leurs fruits que si nous maintenons et augmentons l’attractivité des métiers de chercheurs menacée par les mesures gouvernementales concernant notamment les retraites et la statutarisation. Nous poursuivrons notre politique de valorisation des chercheurs que nous avons initiée au sein de l’institution.

  • Nous poursuivons la mesure de crédit ordinaire individuel avec possibilité de capitalisation pour investissement qui permet aux jeunes chercheurs d’acquérir un minimum d’autonomie. Cette mesure a d’ailleurs été proposée au FNRS avec succès.
  • L’académisation partielle des chercheurs FNRS et de 40 cliniciens chercheurs du CHU, initiée en 2025, est un progrès significatif mais il ne doit pas occulter les difficultés ressenties par d’autres catégories de chercheurs telles que les scientifiques définitifs, les logisticiens de recherche et les doctorants. L’enquête « bien-être » réalisée en 2025 confirme ces groupes comme étant à risque. Nous mettrons en œuvre le suivi de l’enquête en vue d’améliorer concrètement les conditions de travail. Nous poursuivrons la réflexion entamée avec les représentants des scientifiques en vue de clarifier et expliciter les conditions de titularisation et d’académisation partielle en tenant compte des conditions de sélectivité et des parcours de recherche.
  • L’académisation des directeurs de recherche FNRS participe également à la reconnaissance des chercheurs. Nous poursuivrons la dynamique et nous l’élargirons aux chercheurs « d’exception » (porteurs d’une ERC ou d’un MIS,…) mais dans le cadre d’une planification, à raison d’une charge par an au minimum. Le financement de ces charges « à profil ouvert » s’envisagera à partir du delta positif dans le disponible octroyé aux facultés (cfr. Budget). Sur la période 27-30, cet excédent est estimé à l’équivalent d’environ 6 charges académiques pour l’institution. Conformément à notre objectif de transparence, nous expliciterons les critères et la procédure d’attribution en concertation avec le CURV et la CURE.

Pour le plus long terme, nous organiserons la poursuite des assises de la recherche en interne et en inter universitaires sur l’avenir de la recherche et sa place dans la société. Cela comporte une réflexion critique sur l’évaluation de la recherche (CoARA, DORA, HRS4R) ses applications, ses conséquences directes et indirectes sur l’état de la planète mais aussi sur son organisation, les processus de publication (open science versus revues payantes), les méthodes d’évaluation et les statuts des chercheurs en FWB.

Innovation

L’ULiège a une longue tradition de valorisation de ses recherches (114 spin-off, 308 licences actives, 115 familles de brevets actives).

Notre processus de valorisation démarre via RISE, de l’accompagnement au montage des projets de recherche jusqu’au transfert de technologies et des savoir-faires via la société de valorisation Gesval dans le monde socio-économique. Cet accompagnement est aujourd’hui assuré par des subsides issus de la programmation Feder. La RW remet aujourd’hui en question l’emploi des valorisateurs en amont de la valorisation finale des résultats ce qui diminue notre financement de 500000 euros. Or, nous tenons beaucoup à cet accompagnement intégré depuis le montage de projet de recherche jusqu’à la valorisation des résultats en passant par la détection des recherches à haut potentiel. En effet, nous pensons que la valorisation doit se faire au plus proche des chercheurs pour être efficace.

Nous résistons avec le CRef à cette volonté d’externalisation de la valorisation vers les entreprises. En réaction à cette volonté d’externalisation, nous avons lancé dès 2025, en interne, une réflexion concernant le soutien et le financement du processus d’accompagnement de la valorisation dans sa globalité. Ce qui a conduit à l’élaboration d’un plan stratégique pour Gesval.

Trois actions stratégiques y sont envisagées :

  1. L’établissement d’un cadre standardisé pour la création de spin-offs,
  2. La création d’un fonds d’amorçage pour financer la création pour nos spin-offs et chercheurs-entrepreneurs,
  3. Une amélioration de la transparence financière pour les chercheurs.

Nous poursuivrons l’étude de l’opérationnalisation de ce plan avec le financement de « Business développeurs » pour compenser la perte partielle des subsides européens qui supportent les actions de valorisation dans les universités.