Michel Moutschen

J’ai rejoint l’équipe du Pr. Anne-Sophie Nyssen, candidate aux prochaines élections rectorales. Cette dernière m’a proposé d’occuper le poste de vice-recteur à la recherche dans l’éventualité où elle deviendrait notre nouvelle rectrice.  

Je mesure parfaitement la complexité et l’exigence de cette fonction, tellement vitale pour notre université. Je réalise aussi qu’elle est très différente des missions qui sont les miennes au sein de l’hôpital académique et de la faculté de médecine. C’est donc en connaissance de cause que j’accepte de relever ce défi. Je mettrai tout en œuvre pour accomplir les missions et assumer les responsabilités d’un vice-recteur à la recherche.  

Je suis professeur ordinaire en faculté de médecine. J’y enseigne l’immunologie, les maladies du système immunitaire et les maladies infectieuses depuis plus de vingt ans. Je suis aussi médecin avec pour domaine d’expertise les infections, notamment virales comme le VIH/SIDA et les maladies dites orphelines qui altèrent le fonctionnement du système immunitaire.  

La science a polarisé toute ma carrière à l’université de Liège depuis mes premiers pas comme élève-chercheur dans le laboratoire du Pr. Schoffeniels en 1984 jusqu’à aujourd’hui où je me bats quotidiennement pour déchiffrer les maladies rares dont souffrent mes patients.  

La science a nourri mon enseignement. Le relation de compagnonnage avec les doctorants (je fus promoteur de plus de vingt thèses) a structuré ma propre maturation d’enseignant et de médecin. J’ai la conviction qu’enseigner des matières sur lesquelles on a travaillé comme chercheur ou comme encadrant donne une dimension unique à la transmission du savoir et aux processus d’apprentissage. 

Les multiples questions éthiques auxquelles j’ai été confronté dans ma vie universitaire sont aussi intimement liées à la science et à la recherche scientifique : le questionnement autour de l’expérimentation clinique et de l’expérimentation animale, les liens de plus en plus complexes entre la publication scientifique et la qualité de la recherche, la valorisation de la recherche, les inégalités entre pays riches et pays pauvres en matière de formation des scientifiques et d’accès de la population aux innovations thérapeutiques. J’ai collaboré avec de nombreux médecins et scientifiques de pays pauvres ou émergents et ai pu palper ces injustices, notamment pour ce qui est de l’accès aux traitements du VIH SIDA ou à la simple considération des maladies justement appelées « négligées ». La durabilité et la santé globale sont des concepts parfois galvaudés. J’en déplore néanmoins chaque jour la brutale réalité en tant que médecin spécialiste des maladies infectieuses. L’antibiorésistance est un des avatars de ces problèmes : elle tue plus d’un million de personnes chaque année.  

La pandémie a acutisé toutes ces questions et en a fait surgir d’autres. Parmi celles-ci, on pense évidemment au rôle du scientifique dans l’information du public et à l’indispensable cadre déontologique autour de cette communication.  

On l’a compris, ce sont ces questions et réflexions qui vivent en moi depuis si longtemps qui m’ont amené à accepter le défi proposé par le Pr. Nyssen. Cela plus un amour profond de la science, qui réenchante chaque jour mon monde d’homme, d’enseignant et de médecin. Quel que soit le domaine considéré.  

Ma candidature a certes des points faibles. Je n’ai jamais occupé de position autre que celle d’académique dans l’organigramme complexe de l’Université de Liège (j’ai dû apprendre la signification de certains sigles qui en dénomment les structures !). Je n’ai été impliqué que de très loin dans les processus de valorisation de la recherche universitaire ou dans les relations avec le monde industriel et politique. J’apprendrai.  

J’ai par ailleurs trouvé dans l’équipe d’Anne-Sophie Nyssen des collègues de grande valeur dont je partage les valeurs et dont les expertises complémentaires m’aideront à remplir ma mission.  

Si je suis appelé à devenir vice-recteur à la recherche, je réduirai mes fonctions au CHU de Liège et je me dévouerai à cette mission : préserver, faire fructifier et pérenniser ce patrimoine exceptionnel qu’est la recherche scientifique de l’Université de Liège, dans toute sa diversité. Quelles que soient la qualité et la performance des structures existantes, j’ai la conviction que des  inflexions devront être données pour que la recherche scientifique reprenne sa place au cœur de la vie de nos facultés, pour qu’elle joue un rôle central dans les interactions de l’université avec la société, pour qu’elle incarne les valeurs éthiques qui nous sont chères. Nous y travaillerons sans répit.