Florence Caeymaex

En cette année d’élections rectorales à l’ULiège, je rejoins, avec enthousiasme, l’équipe formée par Anne-Sophie Nyssen. Nous nous inspirons des rares femmes qui, hier et aujourd’hui, ont eu le courage de candidater à ce poste et l’audace de croire qu’il n’était pas hors de leur portée.

Anne-Sophie Nyssen et moi-même avons fait connaissance au sein des premiers Conseils à la recherche et à la valorisation, apprécié mutuellement nos personnalités, identifié nos intérêts communs. Nous nous sommes retrouvées dans le contexte de ses fonctions actuelles, rédigeant une note d’orientation intitulée « Évaluer et recruter sans discriminer ». Anne-Sophie Nyssen est maintenant forte d’une expérience de quatre années de vice-rectrice et d’accomplissements très significatifs dans sa tâche, comme l’aboutissement de la réforme du décret Paysage et de celle de la formation initiale des enseignants (RFIE), la consolidation des politiques de bien-être au travail et l’intégration des enjeux d’égalité et de diversité à celles-ci. Je vois ces accomplissements comme des chantiers ouverts, appelant le ralliement de forces nouvelles. Aux côtés des autres membres de l’équipe, j’apporte les miennes : des savoirs spécifiques, une expérience variée, des compétences solides. Et le désir, pas tout à fait déraisonnable, de travailler à rendre notre université aussi bonne que possible, dans l’ensemble de ses missions. 

C’est en tant que Conseillère à l’éthique et aux politiques d’égalité que je m’engage — enjeux transversaux à l’enseignement, à la recherche et à la vie institutionnelle dans l’Université.  C’est pour moi une manière de rendre à l’institution et à toutes les personnes qui la font vivre les fruits des apprentissages qu’elle m’a permis de faire. Après des études de philosophie à l’Université de Liège et à Paris I Panthéon-Sorbonne, puis un doctorat et un postdoctorat comme chercheuse temporaire FNRS et un bref passage comme prof en haute école, un mandat de chercheuse qualifiée du FNRS m’a en effet offert des conditions exceptionnelles pour développer une recherche philosophique résolument collective, inscrite dans d’intenses collaborations et circulations internationales dans le monde francophone et anglophone et, par le biais de plusieurs projets financés, ouverte aux autres disciplines. En équipe, nous avons créé le centre MAP – Matérialités de la politique, dont les activités et publications donnent voix à la recherche en éthique et philosophie politique la plus actuelle et instruite par les sciences sociales et historiques ; à la faveur de la création du Master interuniversitaire en études de genre, nous avons regroupé, sous le nom du Feminist & Gender Lab (UR Traverses), un collectif de jeunes chercheuses et chercheurs de la Faculté de philosophie et lettres dont les travaux actualisent l’héritage des théories féministes et décoloniales et développent sur cette base, avec mon concours, des enseignements novateurs. Grâce à des financements ARC et FNRS et aux excellents postdocs qui les ont portés avec moi, j’ai pu créer de solides collaborations interfacultaires, regroupant chercheurs en sciences politiques (Spiral) et en santé publique pour développer les humanités médicales dans l’enseignement en santé. Un programme en « Éthique et humanités médicales » à destination des étudiants de la Faculté de médecine est en cours de création et débutera en 2022-2023. Plutôt qu’un cursus honorum, cette trajectoire est à mes yeux une aventure fondée sur des solidarités et un chemin de pensée qui m’ont progressivement amenée à mettre les ressources de la connaissance savante au service d’une réflexion critique et engagée sur des problèmes concrets, et vitaux. Ce sont ceux, éthiques et politiques, de la justice, de l’égalité et de la liberté, retrempés dans les défis que nous formulons aujourd’hui en termes de genre et de sexualités, de race, de classe, de santé ou encore d’écologie globale — avec la conviction que les sciences et les technologies qui façonnent nos mondes font partie du débat. 

La chance a voulu que je sois, en 2006, désignée membre du Comité consultatif de bioéthique de Belgique. Éloignée de ma recherche au départ, cette activité est devenue centrale, nourrissant désormais directement ma recherche en philosophie et mon enseignement de l’éthique. Ma participation active à la rédaction des avis du Comité ne m’ont pas seulement apporté les connaissances les plus actuelles concernant les enjeux éthiques des sciences et des technologies biomédicales, mais aussi une perspective éclairée sur le paysage des institutions politiques de notre pays et sur le secteur de la santé. Ayant intégré la présidence du Comité en 2019, la pandémie de Covid-19 qui sévit depuis 2020 fut un accélérateur considérable pour l’acquisition de compétences dans le pilotage d’une institution officielle de niveau fédéral et de ses collaborations avec les autres autorités de santé, les institutions en charge des droits humains, les sociétés médicales, les associations citoyennes et les médias. Au long de toutes ces années, en parallèle, j’ai mis mes compétences et mon temps au service de l’Université : comme membre puis Présidente du Conseil sectoriel à la recherche et à la valorisation en sciences humaines (2016-2019), membre du Conseil à l’éthique et à l’intégrité scientifique, et Présidente du Comité d’éthique en sciences humaines. Au cœur de tous ces missions, un même engagement éthique pour des connaissances et des pratiques à la fois rigoureuses, scientifiquement solides et humaines, responsables, porteuses de sens et de valeurs pour les individus et la société. 

Les accélérations sociales engendrées par la pandémie n’épargnent pas l’université. Ses missions premières en tant que service public restent d’actualité : une recherche novatrice et d’excellente qualité, un enseignement de haut niveau, accessible et inclusif, une institution ouverte où la réflexion critique accompagne le développement des sciences et des technologies. Mais ces missions sont aujourd’hui modulées par de nouveaux défis : transformation numérique, nouvelles revendications de justice, crise écologique, incertitudes démocratiques. L’université se doit de les relever pour elle-même, car ils touchent à son fonctionnement propre. Mais elle se doit aussi de les relever pour la société, à laquelle elle a le devoir de procurer non seulement des savoirs, mais aussi des esprits sensibles, éclairés, inventifs et solidaires. En tant que Conseillère, je me réjouis de pouvoir orienter en ce sens non seulement le programme de l’équipe aujourd’hui réunie par Anne-Sophie Nyssen et, plus encore, sa future réalisation.