Enseignement

Analyse

L’enseignement universitaire en communauté française évolue dans un environnement qui exerce de fortes pressions sur les établissements. La mission qui est assignée aux établissements francophones publics est d’assurer un rôle d’éducation universitaire aussi large que possible. Nous partageons totalement cette ambition de démocratisation et d’accessibilité de l’enseignement supérieur, qui implique d’accueillir ‘tout le monde’, et donc de rendre accessible une majorité de filières sans examen d’entrée. Le principe d’une sélection systématique pose en effet un problème éthique et politique : les capacités et ‘performances’ des étudiant·e·s évalué·e·s par ce type d’épreuve résultent surtout de leur histoire scolaire et familiale personnelle, et la sélection reproduit en conséquence pour une bonne part les inégalités sociales.

L’objectif du décret Paysage était de corriger autant que possible cette injustice en accordant plus de flexibilité dans le parcours étudiant, avec l’hypothèse que cette possibilité d’étudier à son rythme permettrait d’augmenter le taux de diplomation. Le constat maintenant objectivé est que l’hypothèse ne se vérifie pas : malheureusement la flexibilité conduit à un allongement de la durée des études sans aucune augmentation du taux de réussite.

Par ailleurs, la flexibilité des parcours d’étude a de nombreuses conséquences négatives, notamment celles liées à la massification de l’enseignement supérieur. Elle augmente le nombre d’étudiant·e·s, et nous en avons évoqué une conséquence : le financement à enveloppe globale fermée des universités francophones conduit irrémédiablement à une diminution du financement par étudiant·e. Il en résulte une pression croissante, et aujourd’hui asphyxiante, sur le système d’enseignement, avec des conséquences problématiques tant pour les étudiant·e·s, que pour le personnel encadrant et pour les services administratifs. Cela concerne aussi bien les plans pédagogiques, logistiques, informatiques, infrastructurels, de la mobilité, etc.

Enfin, l’enseignement universitaire est placé face à une quantité importante d’autres défis à relever : préparation des étudiant·e·s au marché du travail, transition numérique pour l’ensemble de la communauté universitaire, redéfinition du lien étudiant·e·s – campus en fin de pandémie, apprentissage des langues, développement durable et mobilité, interdisciplinarité, rencontre des besoins des employeurs, formation continue et tout au long de la vie, interdisciplinarité des formations, …

Vision et objectifs

Le contexte qui vient d’être décrit ressemble fort à une injonction paradoxale faite à l’Université, et pose une question essentielle : comment concilier l’ambition d’une ‘Université pour tous’ et les objectifs de qualité, voire d’excellence, de formations universitaires construisant des compétences de haut niveau répondant aux besoins de la société et sanctionnées par des diplômes valorisés ?

Notre réponse à cette question est évidemment cadrée par la mise en œuvre du décret Paysage réformé, avec ses nouvelles règles de réussite. La réforme du décret Paysage devrait, d’une certaine manière, permettre de réguler le nombre total d’étudiant·e·s, car elle va accélérer la réorientation de ceux dont les échecs répétés montrent une difficulté majeure d’adaptation au système d’enseignement universitaire. Cependant, l’accès à l’enseignement supérieur restera largement non contrôlé, et le défi restera en grande partie bien réel.

Notre réponse tient en trois objectifs :

  1. Utiliser au mieux les possibilités offertes par le décret réformé pour optimiser le début de parcours des étudiant·e·s en améliorant leur orientation à l’entrée et leur réorientation en début d’année, en collaboration étroite avec les Hautes Écoles.
  2. Améliorer l’adéquation des enseignements à la diversité des étudiant·e·s : renforcement des compétences des enseignant·e·s (IFRES), simplification des programmes, pédagogie innovante, soutien aux étudiant·e·s en difficulté.
  3. Repérer et soutenir l’excellence définie à fois par des critères quantitatifs et qualitatifs.

Actions envisagées

Simplification des programmes
De nombreux programmes de cours restent composés d’un nombre pléthorique d’enseignements et ce, malgré la réduction du nombre de cours préconisée ces dernières années. Les programmes sont parfois peu lisibles, complexes et sources de dysfonctionnements (difficulté à élaborer les horaires de cours ou d’examens). Cela représente également des charges de cours conséquentes pour les enseignant·e·s. Parallèlement, à la faveur du développement des pédagogies dites actives, le nombre de travaux personnels ou de groupes, de présentations orales ou encore de tâches diverses à préparer en plus du suivi des séances de cours en amphi se démultiplient. La charge de travail pour les étudiant·e·s peut en devenir particulièrement lourde. Ces deux éléments invitent à mettre en place une réflexion concertée en vue d’instaurer une stratégie générale de diminution du nombre de cours et/ou d’heures de cours par unité d’enseignement.

Réflexion de fond sur le début de parcours à l’Université pour les étudiant·e·s
Le taux d’échec en première année reste beaucoup trop élevé (deux fois plus important dans les filières sans examen d’entrée que dans celles avec examen d’entrée). Il s’agira d’explorer un maximum de pistes qui permettraient d’améliorer l’orientation des rhétoricien·ne·s à l’entrée (via un test systématique de maîtrise des prérequis essentiels propres à chaque filière de bachelier par exemple) et d’aider à leur adaptation à l’enseignement universitaire (via le soutien à l’apprentissage et la mise en place de plans de remédiation plus individualisés). Nous mettrons en œuvre rapidement le plan stratégique institutionnel d’aide à la réussite en cours d’élaboration par les relais facultaires.

Pédagogie innovante

Nous proposons de stimuler et de soutenir des initiatives innovantes permettant l’amélioration de la qualité de l’enseignement et la qualité de vie du personnel et de l’étudiant·e tout au long du parcours universitaire. En particulier, l’apparition du numérique dans les enseignements durant la pandémie pourrait accélérer une révolution pédagogique à savoir le déclin du cours magistral, vertical, en auditoire tel qu’il existe à l’Université depuis des décennies, et l’avènement d’un système d’enseignement plus diversifié où l’étudiant·e pourra être intégré·e dans des modalités d’apprentissage plus ‘hybrides’ qui favoriserait l’expérimentation (ex: simulation), la participation plus active et la possibilité de développer davantage l’esprit critique et collaboratif. Ceci demande une redistribution sinon une augmentation des ressources d’encadrement.

Renforcement des compétences et des moyens des enseignant.e.s
(Nous développons plus loin, au chapitre Recherche, notre conception du lien entre recherche et qualité de l’enseignement).

Nous mettrons en œuvre le plan stratégique numérique à l’enseignement déposé par l’équipe actuelle dans le cadre des plans de relance européen. Celui-ci comporte un volet formation et développement des compétences numériques des enseignant·e·s, un volet renforcement des moyens en support aux encadrant·e·s, et étudiant·e·s, et un volet simplification et stabilisation des outils numériques.

Nous proposons la pérennisation des crédits ‘laboratoires’ et l’amplification des fonds enseignement (qui incluent l’aide à la conception des MOOCs), tous deux initiés par l’équipe actuelle. Nous proposons également que chaque Département puisse utiliser son crédit ordinaire pendant 3 ans. Une augmentation des crédits pédagogiques nous semble aussi nécessaire pour permettre à chaque enseignant·e d’acquérir le matériel informatique de base.

Nous proposons également de soutenir l’élaboration du décret ‘logisticiens d’enseignement’ qui permettrait une reconnaissance de leurs activités et une progression de carrière comme c’est le cas des logisticien·ne·s de recherche.

Nous proposons enfin de poursuivre le développement de la formation continue et tout au long de la vie, en collaboration avec les acteurs de terrain (FOREM, entreprise, Jobs & Skills).

Soutien à l’excellence

Comme indiqué plus loin au chapitre Recherche, nous considérons que le doctorat est une opportunité unique de donner la meilleure formation possible à nos étudiant·e·s les plus prometteur·se·s, non seulement dans leur domaine de recherche mais aussi dans leur maîtrise de l’anglais (et d’autres langues comme l’allemand et le néerlandais pour certaines filières) et dans leur capacité à communiquer et à s’ouvrir au monde extérieur. Nous ferons tout pour pérenniser les écoles doctorales et en faciliter l’implantation en plus du GIGA, au FARAH et au CIRM. Dans le cadre du réseau-partenaires que nous mettrons en place avec d’autres universités belges et étrangères, nous permettrons aussi à nos doctorant·e·s d’effectuer des stages de recherche hors ULiège dès les premières années du doctorat.

Nous proposons également la création d’un groupe de travail pour examiner le renfort et la mise en place de dispositifs permettant de repérer dans les différentes filières les étudiant·e·s à haut potentiel et de grand talent, et de leur offrir une adaptation de leur cursus.

Nous proposons également de soutenir les dispositifs pédagogiques intégrant les dimensions qualitatives de l’excellence (comme les soft skills, les compétences collaboratives, l’esprit critique, les compétences managériales, l’engagement, …) trop peu développées dans nos enseignements et pourtant attendues sur le marché du travail.