Enseignement

Un enseignement universitaire plus nécessaire que jamais

Nos sociétés deviennent de plus en plus complexes et technologiques, ce qui en rend la maîtrise de plus en plus complexe à son tour.

Certains pensent que cette maîtrise sera apportée par les techno-solutions et en particulier par le transfert aux machines des activités (disparition de l’opérateur humain) et de la connaissance et de d’intelligence. L’émergence récente et extrêmement spectaculaire de l’intelligence artificielle a beaucoup renforcé cette croyance. Nous ne la partageons pas. Nous pensons que les avancées ou les « progrès » spectaculaires de l’IA, de la digitalisation, de la numérisation, de la robotique introduisent une rupture effectivement historique dans notre société, à la fois en positif et en négatif. Mais ceci ne va pas remplacer les besoins de compétences en général et en particulier le besoin d’un enseignement universitaire. En revanche, ceci lui pose des défis d’adaptation et de transformation considérables. Évidemment, nous n’avons pas pour objectif naïf de réaliser ces transformations fondamentales au cours d’une mandature mais nous devons réagir aux ruptures déjà en cours et construire une vision à long terme sur ce que sera l’université du futur.

Le bouleversement de l’IA

Dès à présent, l’IA interroge directement les objectifs d’apprentissage, le rôle même de l’enseignant et les modalités d’évaluation.

Il sera nécessaire d’organiser rapidement une diffusion auprès des enseignants, du personnel et des étudiant·es des connaissances sur l’IA, ses usages et les risques associés dans le domaine de l’enseignement mais également de la recherche et pour l’administration.

Nous poursuivrons le développement du MOOC en cours. Nous organiserons un cycle de conférences et des ateliers de pratique de l’IA

Il sera également nécessaire de poursuivre la réflexion sur les réponses aux difficultés vécues, dès à présent, par les enseignants associés à l’usage de l’IA par les étudiant·es notamment en matière d’évaluation.

Enfin, nous organiserons une réflexion collective sur les effets à moyen et long terme de l’IA sur la société et les besoins résultants en compétences à former à l’université (en réponse par exemple aux bouleversements de la taxonomie des métiers).

La transformation des métiers

La durée de vie des référentiels de métiers se raccourcit de façon considérable ; on estime que les jeunes qui entrent actuellement sur le marché du travail auront environ 5 métiers différents dans leur vie professionnelle.

En conséquence, les employeurs attendent encore des diplômés une bonne connaissance disciplinaire mais de plus en plus des capacités de formulation des bonnes questions « prompt », de recherche, d’exploitation des « connaissances » disponibles dans les outils, des capacités d’adaptation, d’esprit critique et d’apprentissage continu.

Les compétences transversales telles que les soft skills, la responsabilité éthique et la capacité de mobiliser les savoirs de façon scientifique et rigoureuse dans des contextes complexes occupent une place croissante dans leurs attentes. Nous renforcerons nos efforts d’intégration dans nos cursus de formation sur ces sujets. Nous poursuivrons la valorisation des expériences étudiant·es en situation de travail dans le cadre des « first year seminars », du « service learning » ou des stages en entreprises.

Nous continuerons nos efforts pour adapter nos cursus aux défis sociétaux liés notamment aux transitions environnementales et sociales. Nous favoriserons l’organisation de cours transdisciplinaires qui constituent, selon nous, une bonne opportunité de confrontation à l’interaction, à la complexité et aux réponses adaptées. Ce format favorise également l’apprentissage de la coopération et de la collaboration. Nous soutiendrons cet effort par une aide institutionnelle grâce, par exemple, aux projets du CUEF.

Une formation tout au long de la vie

Toutefois, cela ne suffira pas, la formation tout au long de la vie prendra de plus en plus d’importance.

Il existe une demande croissante de formation au développement ou à l’acquisition de compétences diverses ; les grandes entreprises elles-mêmes instituent de plus en plus souvent leur propre université/académie interne à cet effet. L’ULiège propose plus de 136 certificats et 23 interuniversitaires pour un nombre d’inscriptions en 2024-25 de 1610 étduiant.es. Le modèle financier est autoportant grâce aux frais d’inscriptions et aux financements extérieurs. Nous avons un énorme potentiel de contribution à cet effort de formation continue que nous allons continuer à développer. Le premier pas dans les ressources nécessaires a été réalisé ; nous avons engagé un responsable de la formation tout au long de la vie. Il aura pour mission de rassembler et d’élaborer une stratégie de développement en collaboration avec les collègues des facultés, la société civile et les entreprises ; L’expertise reconnue de l’ULiège dans le développement de modules de type MOOC, SPOC permet d’envisager des formations à distance, offrant la souplesse recherchée par certains publics. Nous soutenons également, dans ce cadre, la validation des micro-certifications qui offrent une réponse agile aux nouveaux besoins de formation.

Préserver l’ADN de l’enseignement universitaire

Nous observons une certaine pression pour effacer la différenciation entre Hautes écoles et Universités.

Peu à peu, les durées de formation en HE s’allongent, les titres délivrés sont identiques (ex. Master 120 en kinésithérapie) alors que les modalités d’enseignement diffèrent. Cette marche vers l’indifférenciation des diplômes et formations a, selon nous, deux conséquences très négatives : la première est une dévaluation de fait des formations et des diplômes universitaires ; la deuxième est une disparition progressive d’un enseignement et de formations diversifiés qui nous paraissent absolument essentiels dans la société et qui forment un étage intermédiaire entre la formation pour adultes (type IFAPME dit de promotion sociale) et la formation universitaire. La société n’a rien à gagner à une multiplication du nombre de « mini établissements universitaires ».

Nous continuerons à défendre l’ADN, l’identité et la particularité de l’enseignement universitaire basé sur la transmission de connaissances scientifiques intégrant les résultats récents de la recherche et à un niveau d’abstraction permettant esprit critique, créativité et adaptabilité élevée dans l’opérationnalisation des acquis. Ce type de formation autorise la prise en charge rapide de fonctions à haut niveau d’autonomie et de responsabilité professionnelle et sociétale. Dans cette perspective, nous envisagerons avec le CRef la création d’un label « Master Universités ». Nous résisterons à l’identification des titres U/HE sans respect des conditions de délivrance identiques. Nous renforcerons la visibilité des liens entre notre enseignement et la recherche en promouvant les stages de recherche dans les cursus dès le bachelier. Nous défendons la possibilité pour les étudiant·es non finançables à l’université de le redevenir en HE.

Des liens Enseignement-Recherche et Arts

Réconcilier Art et Sciences a été dès le début un axe fort de notre action.

Pour nous, renforcer les liens entre art, enseignement et recherche est essentiel pour former des esprits ouverts, critiques et créatifs. L’enseignement universitaire vise aussi le développement global de la personne. L’art et la culture stimulent la réflexion, l’imagination et la capacité à questionner le monde, des compétences clés dans un monde envahi par l’IA. Nous réfléchirons à la mise en place de filières artistiques en collaboration avec les institutions dédiées locales (Conservatoire, St Luc,..).

Formation et entreprenariat

L’université favorise l’entreprenariat depuis longtemps.

À travers deux filières : l’une destinée aux étudiant·es par le statut « étudiant.e entrepreneur » et l’incubateur Venturlab ; l’autre destinée plutôt aux chercheurs à travers tout le processus de valorisation des résultats de recherche (cfr section Recherche). Nous poursuivrons notre soutien à ces filières en développant les accompagnements qu’elles proposent notamment par des formations sur des sujets complémentaires ou en renforçant le mentorat par des alumni.

Stabiliser et simplifier les parcours étudiant·es

La multiplication des décrets d’enseignement modifie à chaque fois l’architecture des parcours étudiant·es, des rythmes académiques, les modalités d’orientation, de progression et de réussite.

Le taux d’échec et d’abandon en première année reste préoccupant et témoigne de la nécessité de dépasser une approche purement corrective et locale. La question de l’accrochage aux études et de l’orientation est un défi central.

En outre, chaque nouveau décret nécessite pour l’institution un investissement d’efforts considérables de la part de toutes les parties prenantes (enseignants, personnel administratif, étudiant·es). Ces dernières années, nous avons assuré un soutien aux étudiant·es et aux professeur·es à travers la mise à disposition de ressources supplémentaires comme les techno pédagogues (7 ETP), les aides pléthore (11ETP) et les conseillers d’orientation.

Le nouveau décret « parcours » nous contraint encore un fois à revoir nos rythmes académiques et nos méthodes d’accompagnement et d’évaluation des étudiant·es. Toutefois, il peut constituer également une opportunité d’adaptation durable de nos pratiques d’enseignement. Pour mieux saisir cette opportunité, des pistes apparaissent d’ores et déjà :

  • Nous défendons, avec le CRef, au moins une année de transition pour élaborer sereinement les adaptations nécessaires.
  • Nous défendons également une large flexibilité au niveau des périodes d’évaluation pour répondre aux contraintes de certaines disciplines (périodes de stage).
  • Nous poursuivons la révision initiée par le CUEF des évaluations au niveau des programmes afin de mieux répartir la charge de travail des étudiant·es et des enseignants.
  • Nous souhaitons tendre progressivement vers une charge d’enseignement s’approchant au plus de 180h maximum par équivalent temps plein académique en vue de préserver sinon retrouver du temps de qualité pour la recherche.
  • Nous poursuivrons les efforts entrepris en faveur des années sabbatiques afin de libérer du temps créatif pour la recherche et la conception des enseignements.
  • Nous travaillerons à la mise en place d’une année préparatoire en vue d’apporter une réponse globale au taux d’échec et d’abandon.
  • Nous poursuivrons la mise en œuvre de l’évaluation des compétences des primo-inscrits le plus en amont possible. Le test de diagnostic développé par l’IFRES permet d’ores et déjà de mesurer leur maitrise des pré-requis à l’entrée du bloc 1 des primo inscrits et de solliciter éventuellement un accompagnement personnalisé de remédiation. (En 2026, 4000 primo inscrits ont passé entre 1 à 8 tests de pré-requis et plus de 16000 feedbacks ont été rendus).
  • Nous avons mis en place un dispositif d’accueil et de sensibilisation à la recherche dès la rentrée (J-1 + Smart Start). Plusieurs filières ont intégré les « first year seminars » dans leur cursus.
  • Nous renforcerons l’accompagnement individuel proposé par les conseillers en orientation qui permet une réelle remise en perspective individuelle pour les étudiant·es.
  • Nous poursuivrons la modernisation, le développement et la simplification des outils et environnements numériques (skill lab, réalité virtuelle, salles multimodales, Pénélope…) utilisés par les enseignants et par les étudiant·es (12 salles multimodales ont été conçues).

Enfin, l’institution dispose désormais d’une politique qualité et d’un référentiel propre, de rôles définis pour l’ensemble des acteurs (CUEF, facultés, conseils des études, SMAQ, RADIUS, IFRES…), d’une articulation structurée avec les organes de gouvernance, ainsi que d’un réseau qualité de l’enseignement opérationnel favorisant le partage de bonnes pratiques et de résultats.

Pour préparer l’évaluation institutionnelle de 2029, nous continuerons à soutenir le processus d’évaluation de la qualité de notre enseignement et de sa cohérence avec les besoins de la société, coordonné par le SMAQ en collaboration avec les facultés. A cette fin, le système qualité sera consolidé sur la base des retours d’expérience, et le système documentaire sera renforcé.