Recherche et Innovations

Analyse

La recherche est au cœur de l’enseignement universitaire : ce qui le distingue, c’est justement que la construction et la transmission des savoirs y sont intimement associés. Cette association prend deux formes statutaires symétriques : il y a du personnel ‘académique’, des enseignant·e·s qui recherchent – mais en moindre proportion que les seconds ; et du personnel ‘scientifique’, des chercheur·euse·s qui enseignent – mais en moindre proportion que les premiers. Les deux métiers sont différents et sont complémentaires. À l’ULiège, le premier assure la majorité des heures d’enseignement, et les second la majorité des heures de recherche. Et les deux métiers concourent à l’objectif que dès le baccalauréat, nos étudiant·e·s interagissent majoritairement avec des enseignant·e·s qui gardent une connexion active avec la recherche scientifique. Mais cela devient de plus en plus difficile au vu de la lourdeur de certaines charges de cours et des tâches administratives qui les accompagnent. Par ailleurs il existe des éléments de dissymétrie statutaire, pour certains peu justifiés. Les chercheur·se·s FNRS n’ont pas les mêmes droits que les académiques.

Vision et Objectifs

La qualité de la recherche constitue évidemment une composante forte des critères d’appréciation d’une université. Même si on ne partage pas l’importance décisive qui lui est accordée dans les rankings internationaux, la chute importante de l’ULiège observée ces dernières années dans ces classements nous interroge donc sur la place et la qualité de notre recherche. Elle devra faire l’objet d’une analyse fine, mais globalement, elle nous incite à un important effort d’amélioration.

Nous pensons que cet effort d’amélioration doit comporter deux grands axes : un axe de meilleure intégration de la recherche dans l’enseignement, et un axe de montée en qualité de la recherche effectuée à l’ULiège. En effet, notre vision de l’avenir de la recherche à l’ULiège est celle d’une ambition raisonnable. Une ambition parce que nous voulons replacer la démarche de recherche au cœur de l’enseignement universitaire, et que nous voulons monter cette recherche en qualité. Raisonnable, parce que nous ne sommes pas obsédés par le classement de Shangaï, et que nous ne rêvons pas que l’ULiège aille se mettre à chasser sur les terres du MIT. Nous voulons soutenir et promouvoir les pôles d’excellence qui émergent, mais nous n’établissons pas de hiérarchie morale, et ne méprisons pas pour autant le reste des activités de recherche, y compris celles conduites par les ‘académiques’, que nous souhaitons encourager et monter en qualité.

Actions envisagées

Meilleure intégration de la recherche dans l’enseignement

  • Une meilleure intégration de la recherche dans l’enseignement suppose d’abord qu’une activité de recherche doit rester la norme pour un·e académique et tout doit être mis en place pour l’y aider. La réflexion sur le nombre de cours, la charge d’enseignement ainsi que sur le cahier des charges initiée durant la mandature précédente doit contribuer à cet objectif. Une solution évoquée est celle des ‘Docents‘ (cfr. point Évolution des carrières).
  • Par ailleurs, l’esprit critique doit être intégré au plus tôt dans les cursus avec l’aide de l’IFRES en vue d’éveiller très tôt des vocations scientifiques mais aussi de repérer de futur·e·s chercheur·se·s Le doctorat est l’articulation fondamentale entre l’enseignement et la carrière scientifique et académique. Il doit être considéré comme une opportunité unique de donner la meilleure formation possible à nos étudiant·e·s les plus prometteur·se·s, non seulement dans leur domaine de recherche mais aussi dans leur maîtrise (au moins) de l’anglais et dans leur capacité à communiquer et s’ouvrir au monde extérieur et enfin à se saisir des enjeux éthiques de leur recherche (voir point Éthique).
  • Le modèle de l’école doctorale ‘à l’anglo-saxonne’ expérimenté au GIGA, au FARAH et au CIRM depuis 2018 répond bien à ces objectifs en stimulant la créativité de nos jeunes chercheur·se·s et en les préparant de façon optimale aux processus de sélection du FRIA ou du FNRS. Nous ferons tout pour pérenniser ces écoles doctorales et en faciliter l’implantation dans d’autres Facultés. Dans le cadre du réseau-partenaires que nous mettrons en place avec d’autres universités belges et étrangères, nous permettrons aussi à nos doctorant·e·s d’effectuer des stages de recherche hors ULiège dès les premières années du doctorat.
  • Symétriquement, une meilleure intégration de la recherche dans l’enseignement passe par une meilleure contribution des ‘scientifiques’ aux enseignements. L’’académisation‘ de certain·e·s mandataires du FNRS va dans ce sens et doit se poursuivre sur la base du volontariat. Cette mesure permet d’ouvrir des perspectives de stabilisation pour les jeunes chercheur·se·s. Ce basculement doit aussi être envisagé pour les agrégé·e·s de Facultés qui assument des charges complètes d’enseignement. La progression du personnel scientifique permanent (sur budget ordinaire ou au FNRS) doit aussi pouvoir être proposée à temps partiel. Mais le passage dans l’autre sens est beaucoup plus difficile, car on est vite dépassé en recherche. Globalement, la barrière qui sépare les carrières scientifiques et académiques devra être rendue bien plus poreuse et permettre des passages dans les deux directions, tout au cours de la vie professionnelle.

Montée en qualité de la recherche et innovation

La montée en qualité de la recherche renvoie selon nous à plusieurs questions essentielles : celle des structures et des financements, celle de l’évaluation, celle des incitations.

  • Des structures performantes et plus décentralisées d’aide à la publication et au montage de projets sont une nécessité si on veut ‘monter’ en qualité. La décentralisation vers les Facultés et/ou les Unités de Recherche permet la proximité qui doit exister entre les chercheur·se·s et les professionnel·le·s de la publication et du montage des projets : ces professionnel·le·s seront de véritables agents-contacts. Cela passera par un renforcement des ressources administratives au bénéfice de la recherche (support aux projets, support à l’éthique, support juridique, etc.).
  • Les politiques de financement de la recherche évoluent à tous les niveaux.
    • Ainsi au niveau européen, c’est par l’intermédiaire de nos réseaux d’excellence que nous pourrons nous inscrire dans un financement récurrent. Il s’agira aussi de motiver nos très bon·ne·s chercheur·se·s (à l’instar de ce que nous avons déjà fait) à candidater aux prestigieuses bourses de l’ERC, de renforcer encore leur accompagnement avant le dépôt, de les aider dans les démarches administratives et juridiques (cfr. les avis éthiques).
    • Au niveau régional, l’accent aujourd’hui est mis sur la spécialisation intelligente qui oblige les institutions universitaires à s’inscrire dans une dynamique nouvelle et partenariale ambitieuse pilotée parfois par les universités, parfois par les centres de recherche. Nous devons anticiper cette stratégie (ce qui a déjà été fait au travers d’un inventaire non exhaustif des points forts de l’Institution dans la définition des domaines d’innovation stratégique wallons), en être un moteur d’abord sur un plan plus local (au niveau du bassin liégeois) et ensuite au travers de partenariats structurels avec les entités qui rencontrent les mêmes priorités. Les financements FEDER, FSE, Win2WAL, programmes d’excellences, WELBIO, WELTECH seront qu’on le veuille ou non impactés par cette dynamique partenariale structurelle mise en place au niveau wallon. Nous devons aussi continuer à miser sur nos pointes d’excellence en matière d’innovation et de valorisation de la recherche. Elles sont le reflet des nombreux projets ‘industriels’ structurants et de l’émergence de projets entrepreneuriaux (spin-offs, startups) notamment au sein de la Région wallonne.
    • Au niveau FNRS, la stratégie doit viser l’excellence des chercheur·se·s, la liberté de chercher, le développement du savoir, le maintien de ressources et d’outils performants (notamment des équipements de pointe et des plateformes instrumentales) au seul bénéfice des chercheur·se·s. La confiance dans nos organismes de financement passe aussi par un processus d’évaluation de la recherche fiable, robuste et transparent.
  • L’évaluation de la qualité de la recherche est certes fondamentale tant pour l’institution et ses choix stratégiques que pour les chercheur·se·s iels-mêmes. Il s’agit cependant d’un processus d’une grande complexité compte tenu de l’hétérogénéité des disciplines, des carrières, et des missions de nos chercheur·se·s. Les deux ‘métiers’ doivent faire l’objet de critères d’excellence et d’évaluation différents : les enseignant·e·s font de la recherche, mais ne peuvent pas être évalué·e·s en recherche comme des chercheur·se·s professionnel·le·s. Ces dernier·ère·s font aussi de l’enseignement, mais ne peuvent pas être évalués en pédagogie comme des enseignant·e·s professionnel·le·s. Cette nuance est nécessaire au bon fonctionnement de nos structures, à la reconnaissance des différents métiers exercés par nos pairs, à la motivation qui doit accompagner au quotidien le métier de chercheur·se et celui d’enseignant·e. Une utilisation exclusive d’indicateurs quantitatifs tels que la bibliométrie ou la somme des crédits de recherche obtenus a le mérite de la simplicité mais constitue une réduction grossière de la complexité et de la diversité de notre environnement scientifique. Elle introduit des biais délétères dans les attitudes des chercheur·se·s, elle appauvrit la recherche. Ce processus de réforme a déjà été initié à l’ULiège. Un guide de bonnes pratiques d’évaluation a fait l’objet d’un consensus il y a déjà 4 ans qui doit maintenant percoler et se nourrir des spécificités des différents secteurs de notre institution. Nous veillerons à ce que les processus d’évaluation scientifique s’inscrivent dans la dynamique et les principes du Leiden Manifesto for Research Metrics et de la DORA (San Francisco Declaration On Research Assessment).
  • Concernant les incitations, l’idée défendue par l’équipe rectorale précédente de soutenir les chercheur·se·s ayant obtenu des prix et/ou projets remarquables doit être maintenue mais prise directement en charge par l’Institution (boni) sans que l’impulsion vienne nécessairement des Facultés. Les principes de ce soutien particulier doivent être avalisés par la CURE.
  • L’innovation doit être encore plus stimulée au sein de l’ULiège. Il est important, en effet, de faciliter les interactions entre les chercheur·se·s des trois secteurs de recherche et de favoriser la multidisciplinarité des projets de recherche et d’innovations pour répondre à l’émergence de thématiques de transition comme l’économie circulaire, l’énergie, le ‘medtech’, le digital, l’alimentation, le vieillissement, … Il faut également veiller, autant que possible, à l’inclusion de compétences et d’expertises du secteur des sciences humaines dans les programmes de recherche et d’innovations. Une plus grande implication des sciences humaines vise notamment à anticiper les impacts, les incitants et les obstacles aux transitions technologiques, environnementales et sociales, et à construire les conditions de gouvernance et/ou de réglementations de ces transitions pour en assurer un cadre cohérent et durable.